Croix • Théologie biblique • Jésus
Dieu a-t-il abandonné Jésus sur la croix ?
Peu de paroles de Jésus sont aussi bouleversantes que son cri sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Pour beaucoup de chrétiens, cette phrase signifie que le Père aurait réellement tourné le dos à son Fils, incapable de regarder le péché porté par Jésus. Mais est-ce vraiment ce que le texte biblique affirme ?
La question est importante, parce qu’elle touche au cœur de notre compréhension de Dieu. Si le Père a réellement abandonné Jésus, que dit cela de la Trinité ? Que dit cela de l’amour du Père ? Et que faisons-nous des passages où Jésus affirme que le Père est avec lui, même à l’approche de la croix ?
La réponse demande une lecture attentive. Jésus n’est pas simplement en train de prononcer une phrase isolée. Il cite le début du Psaume 22. Et ce détail change tout.
Le verset qui semble tout régler
Dans Matthieu 27, alors que Jésus est crucifié, l’évangéliste écrit :
« Vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Éli, Éli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27:46)
À première vue, la conclusion paraît évidente : Jésus dit qu’il est abandonné, donc Dieu l’a abandonné. Beaucoup de prédications s’arrêtent là. On entend alors des phrases comme : « Le Père a tourné le dos à Jésus », « Dieu ne pouvait plus regarder son Fils », ou même « la communion entre le Père et le Fils a été brisée ».
Mais ces formulations posent de vrais problèmes bibliques et théologiques. La Bible ne présente jamais la Trinité comme une relation qui pourrait se rompre. Le Père, le Fils et le Saint Esprit sont éternellement un. Si Dieu cesse d’être communion, même pour quelques heures, nous ne sommes plus dans le Dieu biblique.
Il faut donc ralentir. Le cri de Jésus est réel. Sa souffrance est réelle. Mais pour comprendre ce qu’il dit, il faut reconnaître qu’il cite un psaume.
Jésus cite le Psaume 22
Lorsque Jésus dit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », il cite mot pour mot l’ouverture du Psaume 22. Dans le monde juif du premier siècle, citer la première ligne d’un psaume pouvait évoquer l’ensemble du psaume, surtout pour des auditeurs familiers des Écritures.
Or le Psaume 22 est extraordinairement lié à la crucifixion. Il commence par un cri de détresse, mais il décrit aussi les moqueries, la souffrance du juste, l’exposition publique et même le partage des vêtements.
« Tous ceux qui me voient se moquent de moi, ils ouvrent la bouche, secouent la tête : recommande-toi à l’Éternel ! L’Éternel le sauvera, il le délivrera, puisqu’il l’aime ! » (Psaume 22:7-8)
« Ils se partagent mes vêtements, ils tirent au sort ma tunique. » (Psaume 22:18)
Jésus n’est donc pas seulement en train d’exprimer une douleur personnelle. Il révèle que ce qui se passe à la croix accomplit les Écritures. Il dirige notre regard vers un psaume entier, un psaume qui commence dans l’angoisse mais ne se termine pas dans l’abandon.
Le verset que presque personne ne cite
Le plus surprenant, c’est que le Psaume 22 contient un verset qui dit exactement l’inverse de ce que beaucoup affirment à propos de la croix.
« Car il n’a ni mépris ni dédain pour les peines du malheureux, et il ne lui cache point sa face ; mais il l’écoute quand il crie à lui. » (Psaume 22:24)
Remarquez bien : le psaume ne dit pas que Dieu a caché sa face. Il dit qu’il ne lui a pas caché sa face.
C’est énorme.
Le psaume que Jésus cite commence avec l’expérience de l’abandon, mais il témoigne ensuite de la fidélité de Dieu au cœur même de la souffrance. Le juste souffrant se sent abandonné, mais Dieu ne l’a pas méprisé. Il ne l’a pas rejeté. Il ne s’est pas détourné de lui.
Jésus a-t-il réellement ressenti l’abandon ?
Oui. Il ne faut surtout pas minimiser la souffrance de Jésus.
La croix n’est pas une mise en scène théologique où Jésus ferait semblant d’entrer dans la détresse humaine. Il souffre réellement. Il est trahi, humilié, frappé, exposé publiquement, rejeté par les autorités religieuses, abandonné par ses proches et exécuté par Rome. Son cri n’est pas froidement académique. C’est le cri du juste souffrant.
Il est donc juste de dire que Jésus entre pleinement dans l’expérience humaine de l’abandon. Il connaît la nuit, la douleur, l’injustice, le silence apparent de Dieu. Il rejoint l’humanité jusque dans ses ténèbres les plus profondes.
Mais il y a une différence importante entre ressentir l’abandon et être réellement abandonné par le Père au sens où la communion trinitaire serait rompue. Les psaumes de lamentation fonctionnent souvent ainsi : ils expriment avec honnêteté ce que le croyant ressent dans la souffrance, sans toujours donner une description complète de ce que Dieu est réellement en train de faire.
Mais Jésus n’est-il pas devenu péché pour nous ?
C’est souvent l’objection principale. Paul écrit :
« Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu. » (2 Corinthiens 5:21)
Ce verset est essentiel. Jésus porte réellement le péché. Il ne fait pas semblant. Il prend sur lui ce qui nous séparait de Dieu. Il entre dans les conséquences du péché, du jugement et de la mort pour nous réconcilier avec le Père.
Mais dire que Jésus porte le péché ne signifie pas que le Père cesse d’aimer le Fils, ni que la Trinité se brise, ni que Dieu devient momentanément divisé contre lui-même. Le Nouveau Testament présente la croix comme l’œuvre du Dieu trinitaire : le Père donne, le Fils se donne, et l’Esprit est à l’œuvre dans l’obéissance parfaite du Christ.
La croix ne révèle pas un Père qui se détourne avec dégoût de son Fils. Elle révèle Dieu lui-même qui vient porter, en Jésus, le poids du péché et de la mort pour sauver le monde.
Le Père s’est-il détourné de Jésus à la croix ? ?
Non. C’est une formulation dangereuse.
Le Père ne s’est pas détourné de Jésus à la croix. Le Père et le Fils ne jouent pas deux rôles opposés, comme si le Père était seulement colère et le Fils seulement amour. Jésus dit lui-même :
« Celui qui m’a vu a vu le Père. » (Jean 14:9)
Si Jésus révèle parfaitement le Père, alors la croix ne peut pas être comprise comme un moment où Jésus nous protégerait d’un Père fondamentalement hostile. La croix révèle le cœur du Père autant que celui du Fils.
Jésus avait aussi annoncé à ses disciples :
« Vous me laisserez seul ; mais je ne suis pas seul, car le Père est avec moi. » (Jean 16:32)
Cette phrase est difficile à ignorer. À l’approche de la croix, Jésus affirme que ses disciples l’abandonneront, mais que le Père, lui, est avec lui.
Alors pourquoi Jésus crie-t-il : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Parce qu’il entre réellement dans la lamentation du juste souffrant.
Jésus ne nie pas sa douleur. Il ne spiritualise pas sa souffrance. Il ne fait pas semblant d’aller bien. Il prie les Écritures depuis le lieu le plus sombre de l’expérience humaine.
Son cri dit la profondeur de ce qu’il traverse. Mais parce qu’il cite le Psaume 22, ce cri ouvre aussi vers l’espérance. Le psaume commence par une question douloureuse, mais il se termine par la proclamation de la fidélité de Dieu et par l’annonce que les nations se tourneront vers lui.
Autrement dit, Jésus ne cite pas un psaume de désespoir final. Il cite un psaume qui traverse l’abandon ressenti pour arriver à la victoire de Dieu.
Ce que la croix révèle vraiment sur Dieu
Derrière cette question se cache en réalité une question encore plus importante : à quoi ressemble Dieu ?
Beaucoup de croyants ont grandi avec l’image d’un Père tellement en colère contre le péché qu’il aurait été incapable de regarder son propre Fils lorsque celui-ci portait nos fautes. Cette idée est souvent présentée avec de bonnes intentions, pour souligner la gravité du péché ou le prix de notre salut.
Pourtant, le Nouveau Testament raconte une histoire plus profonde et plus belle.
La croix n’est pas un conflit entre un Père en colère et un Fils aimant. Elle est l’expression de l’amour du Dieu trinitaire pour le monde.
« Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. » (Jean 3:16)
Ce n’est pas Jésus qui essaie de convaincre le Père de nous aimer.
C’est le Père qui envoie le Fils parce qu’il nous aime déjà.
La croix révèle simultanément la gravité du péché, la justice de Dieu et son amour infini. Elle nous montre jusqu’où Dieu est prêt à aller pour réconcilier l’humanité avec lui.
Si nous voulons savoir à quoi ressemble Dieu, nous devons regarder Jésus. Et lorsque nous regardons Jésus sur la croix, nous ne voyons pas un homme abandonné par Dieu. Nous voyons Dieu lui-même entrant dans notre souffrance pour nous sauver.
Pourquoi cette question est importante aujourd’hui
Ce débat n’est pas seulement théologique.
Il est profondément pastoral.
Parce que beaucoup de croyants connaissent des saisons où ils ont l’impression que Dieu les a abandonnés.
Ils prient et le ciel semble silencieux.
Ils souffrent et Dieu paraît absent.
Ils traversent un deuil, une maladie, une dépression, une crise familiale ou une profonde déception spirituelle, et ils se demandent où est Dieu.
C’est précisément dans ces moments que la croix devient une bonne nouvelle.
Jésus connaît cette expérience.
Il connaît la nuit.
Il connaît le silence apparent.
Il connaît la détresse.
Mais le message du Psaume 22 et de la résurrection est que le Père n’avait pas abandonné son Fils, même lorsque tout semblait le suggérer.
Et cette vérité demeure pour les disciples de Jésus aujourd’hui.
Nos émotions peuvent parfois nous dire que Dieu est absent.
Nos circonstances peuvent parfois nous faire croire que nous sommes seuls.
Mais la croix et la résurrection racontent une autre histoire.
Celle d’un Dieu qui reste fidèle même lorsque nous ne le percevons plus clairement.
Alors, Dieu a-t-il abandonné Jésus ?
Si par là nous voulons dire que Jésus a connu la souffrance, la détresse et l’expérience humaine du sentiment d’abandon, alors oui.
Son cri est réel.
Sa douleur est réelle.
Son agonie est réelle.
Mais si nous voulons dire que le Père a cessé d’aimer son Fils, qu’il lui a tourné le dos, qu’il a rompu la communion trinitaire ou qu’il l’a rejeté définitivement, alors la réponse est probablement non.
Jésus cite un psaume qui commence dans l’obscurité mais qui se termine dans la confiance.
Un psaume qui commence par un cri mais qui aboutit à la victoire.
Un psaume qui contient cette affirmation souvent oubliée :
« Il ne lui a pas caché sa face ; mais il l’a écouté quand il a crié à lui. » (Psaume 22:24)
La croix révèle la profondeur de la souffrance de Jésus.
Mais elle révèle encore davantage la fidélité inébranlable du Père.
Questions fréquentes sur l’abandon de Jésus sur la croix
Pourquoi Jésus dit-il « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Jésus cite le début du Psaume 22. Il exprime sa détresse réelle tout en attirant l’attention sur un psaume qui annonce à la fois la souffrance du juste et la fidélité finale de Dieu.
Le Père a-t-il tourné le dos à Jésus ?
Cette idée est souvent enseignée, mais aucun verset ne dit explicitement que le Père a tourné le dos à Jésus. Au contraire, le Psaume 22 affirme que Dieu n’a pas caché sa face au juste souffrant.
La Trinité a-t-elle été brisée à la croix ?
Le Nouveau Testament ne présente jamais la Trinité comme pouvant être rompue. Le Père, le Fils et le Saint Esprit demeurent éternellement un, même dans le mystère de la croix.
Que signifie « il l’a fait devenir péché pour nous » ?
Jésus a réellement porté notre péché et subi les conséquences du jugement contre le mal. Cela ne signifie pas nécessairement que le Père a cessé de l’aimer ou de lui être présent.
Pourquoi ce sujet est-il important pour les chrétiens aujourd’hui ?
Parce que beaucoup de croyants traversent des saisons où ils se sentent abandonnés par Dieu. La croix nous rappelle que le sentiment d’abandon n’est pas toujours la réalité. Dieu peut être présent même lorsque nous ne le percevons pas clairement.
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Chez Esprit et Vérité, nous croyons qu’une théologie solide ne doit pas seulement répondre à des questions intellectuelles. Elle doit aussi nous aider à mieux connaître Jésus, à mieux comprendre le cœur du Père et à traverser les saisons difficiles avec espérance.
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